Moulins. Le festival DésARTiculé, « une incitation à réfléchir »

Moulins. Le festival DésARTiculé, « une incitation à réfléchir »

Malgré la chaleur, le festival d’arts de rue DésARTiculé a réuni des centaines de personnes, à Moulins. Au milieu des ordures, la puissante et débridée comédie musicale Les Robinsonnades du roi Midas appelait à la remise en question.
OUEST FRANCE

« Nouvel arrivage ! », s’écrie la déesse Abondance. Au milieu du Paradis qui déborde de bâches déchirées, des bouteilles de plastique écrasées et des canalisations rafistolées, une très large cheminée en inox dégueule bruyamment un tas de déchets. « De l’alumine, magnifique non ? », fanfaronne la déesse, un tube reluisant au soleil autour du cou, devant les 350 personnes présentes, malgré les 35 °C, pour le spectacle Les Robinsonnades du roi Midas. Soudain, un homme est éjecté au sol par la cheminée. « Benoît Coulon, 42 ans, marié. »

Au cœur de cette « incitation à réfléchir et à créer », une lourde critique de « l'emprise de la technique sur l'homme », tel Benoît Coulon, lorsqu'il cherche désespérément à recréer son environnement | OUEST-FRANCE

Au cœur de cette « incitation à réfléchir et à créer », une lourde critique de « l’emprise de la technique sur l’homme », tel Benoît Coulon, lorsqu’il cherche désespérément à recréer son environnement | OUEST-FRANCE

« On en est à 158 760 (le nombre de morts par jour dans le monde) », entend-on. Tandis que le dieu Logos s’inquiète pour ses géraniums, envahis par les rubans de balisage, un vélo défoncé, suivi de sa roue, atterrit sur la scène. « Ah, c’est un accident de vélo ! » Rires de l’assemblée.

« 18 834 bouteilles de plastique, six voitures et demie… »

« Bienvenue chez toi, non tu ne rêves pas, tes ordures sont venues avec toi, chantonnent les dieux du Paradis. On n’a rien rajouté, pour ne pas t’accabler. » Passons à l’inventaire du nouveau venu : « 18 834 bouteilles de plastique, 782 paquets de cigarettes, six voitures et demie. » « Surtout ne t’en fais pas, on ne va pas te juger, tout au plus se moquer. »

Explications. « On n’aborde pas ces questions-là de manière frontale, on ne juge personne. Moi, je me mets en premier de tous les pollueurs du monde », souligne Hugo Goldini — homonyme de la compagnie de théâtre — qui joue le rôle de Benoît Coulon. Le spectacle, souvent drôle, est un délicieux et puissant mélange de voix, aiguës ou grinçantes, d’instruments rafistolés, d’acrobaties, de poésie, de littérature et de philosophie. Au milieu des poubelles.

« Faire beaucoup avec pas grand-chose »

Sous 35 °C, le passage par la case brumisateurs était inévitable. Une citerne à eau était également à disposition des festivaliers, ainsi que des bénévoles dévoués, équipés de vaporisateurs d'eau, qui, tout au long de l'après-midi se sont faufilés dans le public pour le rafraîchir. | OUEST-FRANCESous 35 °C, le passage par la case brumisateurs était inévitable. Une citerne à eau était également à disposition des festivaliers, ainsi que des bénévoles dévoués, équipés de vaporisateurs d’eau, qui, tout au long de l’après-midi se sont faufilés dans le public pour le rafraîchir. | OUEST-FRANCE

« J’ai mobilisé des arts que l’on peut appeler pauvres, mais au sens noble du terme. L’acrobatie, la danse, ça se fait avec les bras et les jambes, le chant, avec la voix et la musique, avec des instruments que l’on a faits. » Tel cet ukulélé revisité, ou un xylophone rapiécé. Comme « un pied de nez à toute cette production matérielle ». Au cœur de cette « incitation à réfléchir et à créer », une lourde critique de « l’emprise de la technique sur l’homme », tel Benoît Coulon, lorsqu’il cherche désespérément à recréer son environnement, désormais révolu, fait de fauteuil, de télé, de micro-ondes et de piano synthé.

Et la volonté, aussi, de « montrer que l’on peut faire beaucoup avec pas grand-chose, et que si nos sociétés basculaient dans un peu plus de frugalité ce serait peut-être une chance ». Dans cette vision de l’écologie « comme un tout », la culture « au sens de faire soi-même, du savoir-faire, comme cuisiner, planter des carottes ou tondre un mouton » est fondamentale, et devient centrale au fur et à mesure que le spectacle progresse.

Le public, debout à la fin, a apprécié. « C’était super, car ils ont abordé tous les grands sujets de société », approuve Pierre-Yves, 74 ans. « Surtout, cette société de consommation qui ne sert à rien, qui nous pousse à toujours plus », abonde Christophe, 45 ans. « En plus, artistiquement c’est vraiment très bien », opine Aude. « Et ça fait réfléchir. » À un changement de système ?